Résumé de la 8ème Convention Démocrate européenne à Montpellier
Par Ivan Gabrièle le mardi, mai 26 2009, 16:54 - LA TRIBUNE LIBRE - Lien permanent
Dimanche
17 mai s’est tenue à Montpellier dans l’Hérault
la 8ème
convention thématique
européenne organisée par le Mouvement Démocrate
sur le thème du « modèle européen ».
La journée a commencé par l’accueil chaleureux des Jeunes Démocrates de l’Hérault à la gare St Roch de Montpellier, vêtus pour l’occasion d’écharpes orange. Ils ont ensuite effectué de nombreuses navettes pour accompagner les voyageurs jusqu’au lieu même où se tenait la convention.
Vers les 14 heures, plus de 400 personnes étaient toutes ouïes pour écouter les différents intervenants de cette convention. Et quels intervenants ! Sans compter nos différentes têtes de listes, présentes en toutes occasions (Robert Rochefort, Anne Laperrouze et Marc Dufour pour le Sud-Ouest, Jean-Luc Bennahmias pour le Sud-Est, mais aussi Marielle De Sarnez, Bernard Lehideux et Fadila Mehal pour l’Ile De France ou encore Jean-Marie Beaupuy pour le Massif Central, pour ne citer qu’eux), d’autres intervenants de qualités ont répondu présent à l’invitation de Marielle De Sarnez qui ne sont autres que Jean-Pierre Rioux, Jean Peyrelevade, Francesco Rutelli ou encore Guy Verhofstadt.
Jean-Pierre
Rioux,
grand spécialiste de l’histoire contemporaine française
a abordé la thématique en expliquant qu'il a fallu
beaucoup d'audace dans la construction du modèle européen
car l'Europe au départ n'est pas seulement une histoire de
charbon et d'acier mais touche déjà l'Homme avec un
grand H. Il a en effet axé son propos sur les droits de
l’Homme et du citoyen en rappelant que le 4 Novembre 1950 a eu
lieu la signature de la convention européenne des Droits de
l'Homme à Rome. La construction du modèle européen
est donc inébranlablement attachée à des valeurs
morales communes : la liberté des individus, la liberté
politique, la prééminence du droit qui sont garantes de
la démocratie. Rappelant qu’une telle politique des
droits de l’Homme n’avait jamais été menée
nulle part au monde, il a expliqué que l’identité
européenne s’est constituée en allant chercher
ailleurs qu'en elle-même ce qui l’a définie.
L'Europe est ainsi une très vieille aventure historique qui a
eu pour but de renforcer en nous l’humanité. L'Europe a
toujours été une démarche plus qu'un modèle
qui entrerait en confrontation avec un autre. L’identité
européenne se construit ainsi dans le rapport à l’autre
et la question que devrait se poser les politiques est de se demander
comment l’Europe peut-elle être simultanément une
et plurielle. Ainsi pour lui, l’Europe contribue à
garantir la liberté, l'équité et la solidarité.
Cette citation de Geremek « toutes les expériences
européennes se rencontrent autour d’une valeur
fondamentale : la reconnaissance de la dignité de la
personne » confirme le propos de Jean-Pierre Rioux qui
voit dans l’être humain bien plus qu’un individu
désemparé. Dans l’entreprise européenne,
il s’agit avant tout de faire progresser la reconnaissance de
l’homme en tant que tel. Pour finir dans ses dires, il a
expliqué en reprenant Schuman que l’Europe ne se ferait
pas d’un coup ni dans une construction d’ensemble mais
par des réalisations concrètes en créant d’abord
des solidarités de fait. Il ne faudra donc jamais remettre en
cause les Etats Nations dans la construction européenne, sauf
si ces derniers attentent à la personne humaine et à
l’humanité toute entière.
Jean
Peyrelevade,
économiste et vice président du MoDem a poursuivi par
une comparaison entre la crise de 1929 et la crise actuelle. Les deux
crises sont le résultat direct du modèle anglo-saxon et
partent toutes deux d'un dérapage du système bancaire
aux Etats-Unis. Alors qu'en 1929, la crise partait d'un déficit
lié à la spéculation principalement boursière,
en 2008 elle part d'un financement excessif de crédits lié
à la spéculation immobilière. Dans les deux cas
à l'origine de la propagation de la crise à l’échelle
mondiale, il y a un défaut de régulation. En 2008, la
propagation a été immédiate et réelle,
cela en raison d'un marché mondial intégré, d'un
modèle anglo-saxon qui a fabriqué des mécanismes
aboutissant à des désastres collectifs, une
rémunération excessive des traders, des grands patrons
et l'indexation des salaires sur les taux financiers – donc la
bourse – par le biais des stock-options. Or, a-t-il avancé,
quand vous avez une rentabilité excessive sur les biens du
capital, si les actifs boursiers rapportent 15 % alors que l'économie
réelle rapporte beaucoup moins, nous allons droit dans le mur
car la sphère financière est déconnectée
de la sphère réelle. Un phénomène de
bulles est aussi apparu sur les actifs immobiliers ce qui fait
effondrer les prix, lorsque la bulle éclate. Il explique
qu’en1929 deux erreurs macro-économiques ont été
commises : ainsi, au lieu de fabriquer de la relance, les
gouvernements ont pris des mesures déflationnistes et ont
menés une surenchère protectionniste au lieu de
recourir au libre-échange. En 2008, des efforts de relance ont
été menés, mais la fatalité a été
admise lorsque l’on a découvert la souffrance des exclus
du marché du travail. Il a dès-lors affirmé que
le modèle européen doit mettre fin à ces
terribles secousses. Il a souligné le fait que les Etats-Unis
sont 4% de la population mondiale et détiennent 50% de
la fortune mondiale. L'Europe doit donc servir de régulateur
avec, voire contre les Etats-Unis. Elle doit devenir un régulateur
unique. D'autre part il a exprimé l’urgence de bloquer
les propagations, en instaurant des cloisons étanches, en
ayant de la transparence et de la régulation. Pour lui, ces
mesures ne suffisent pas et il faut aussi protéger le système
bancaire car la banque doit assurer son rôle de service public,
et c'est en cela qu'il faut interdire aux banques toute prise de
risque inutile. Il faut mettre fin au système d'agrégation
de cupidités individuelles. Il s'agit d'un modèle qui
n'est pas seulement national. Pour lui, le système des
stock-options est absurde car il mélange les modes et les
niveaux de rémunération alors que c’est le rôle
du parlement européen de réguler ces modes et ces
niveaux de rémunération. Il a insisté sur le
fait qu'il ne faut pas accepter les dérèglements
globaux comme des souffrances. L'Union Européenne manque
d'instruments économiques : elle n'a pas de budget pour des
actions conjoncturelles, elle n'a pas de budget d'investissement,
elle n'a pas la capacité d'emprunt, et, dans ces conditions,
nous pouvons nous demander que veux dire le terme de solidarité
en Europe. S'agit-il d'une conception et d'un modèle séparé
? Comment faire sans instruments voulus ?
Puis
c’est au tour de Francesco
Rutelli,
coprésident du Parti Démocrate Européen et
ancien maire de Rome à s’exprimer. Pour lui, la
démocratie est toujours mise à l’épreuve,
surtout quand les pouvoirs sont trop concentrés. Il a continué
en expliquant ce qui différencie l’Union Européenne
des Etats-Unis. L'Union Européenne est un modèle
reposant sur l'économie sociale de marché alors que les
Etats-Unis sont une société reposant sur l'individu et
ce sont les démarches qui forment un modèle. Il
poursuit en expliquant que maintenant les Etats-Unis grâce à
Obama semblent redécouvrir leurs responsabilités, en
favorisant le multilatéralisme, en comprenant la nécessité
de poser des limites à la finance irresponsable, en se
préoccupant de la question du climat et de la protection
de l’environnement tandis que l'Union Européenne semble
perdre son esprit d’économie social de marché, ce
qui la situerait pour reprendre l’expression de Rutelli « au
milieu du guet ». Il voit donc un changement radical dans
la manière de concevoir la société de la part
des Etats-Unis, là où l’Europe n’arrive pas
à se souvenir qu’elle a une originalité absolue :
elle est unité tout en étant diversité, elle est
identité tout en étant pluralisme. C’est ce qu’il
appelle le « miracle européen », et il
espère qu’à l’avenir les gouvernements
donneront une capacité politique à tout cela pour que
le rêve européen, qui n’existe plus aujourd’hui,
soit à nouveau à l’ordre du jour. Il a expliqué
les raisons de sa présence aux côtés de François
Bayrou, mettant en avant son courage, sa vision et son intégrité
puis a donné comme exemple d'aboutissement du courage dans la
démocratie le fait que le président du Parti Démocrate
Indien, Raoul Gandhi, ait gagné les élections au
congrès. Il conclut alors sur une citation de ce
dernier, pour expliquer ce qu’est la démocratie pour
nous tous. « L'Homme s'est détruit avec la
politique sans principes, la richesse sans travail, l'intelligence
sans caractère, les affaires sans morale, la science sans
humanité, la religion sans foi, la charité sans
sacrifice de soi-même. »
L’ancien
premier ministre belge Guy
Verhofstadt a
ensuite pris la parole. D’un ton accusateur, il a affirmé
que nous devons faire un choix : continuer l'approche actuelle
ou adopter une approche commune pro-européenne. Pour lui,
avoir 27 politiques différentes face à la crise n’est
pas la solution qui nous permettra d’en sortir. La solution
n'est autre que l'Europe elle-même. Ceci est important à
l'heure où les meilleures entreprises font faillite. Nous
avons 700 milliards de produits toxiques dans les banques de l'Union
Européenne mais le problème bancaire n'a jamais été
résolu. Ceux qui critiquent les plans de relance sont des
sceptiques. Il faut donc continuer à être force de
proposition, à croire que toutes les suggestions seront
adoptées car sans cette attitude, il n’y aurait jamais
eu de marché intérieur ni de monnaie unique. Les gens
veulent une Europe forte et active qui démontre que nous ne
sommes pas un musée économique. Il a pris pour exemple
la situation de la France et de l’Allemagne. A la sortie de la
guerre, personne ne pensait plausible l’idée d’une
coopération économique et politique entre ces deux
pays, ce qui a pourtant fini par être réalisé,
des années après. Il a donc expliqué que ce qui
est irréaliste c'est de croire que l'on va sortir de cette
crise sans prendre des mesures européennes, plus
particulièrement contre les paradis fiscaux. L'Europe doit
s'éveiller. Les mesures qu’il préconise ainsi que
le MoDem pour contrecarrer la crise sont de sortir les produits
toxiques des banques et porter les investissements dans les secteurs
les plus orientés, et ce en passant par un plan de relance
complet contre la crise.
Et
enfin François
Bayrou a
clôturé la convention en dénonçant José
Manuel Barroso, le présentant comme un non-président de
la Commission Européenne et rappelant par la même
occasion que le MoDem ne l’avait pas soutenu, préférant
à ce poste, Guy Verhofstadt. Barroso a en effet manqué
au devoir d’initiative de la Commission Européenne à
cause de son absence, et sa vision a toujours été trop
alignée sur la vision ultralibérale, conduisant
l’Europe dans une impasse. Il a ajouté que les candidats
du Mouvement Démocrate sont des candidats engagés à
100% dans l'idée européenne et qu'ils ne vont pas à
Strasbourg par défaut. Ils sont heureux d'y aller et d'y être
porte-parole, ils prennent ce rôle à cœur car ils
croient en l’avenir de l’Union Européenne. Il a
ensuite voulu parler du slogan de campagne « Nous
l'Europe », un slogan simple mais fort de significations.
La première chose qu'il a soulignée est qu'il s'agit
d'une révolte contre les habitudes qu'un certain nombre de
politiciens ont prises de présenter l'Europe comme extérieur
à la France. Mais la maison européenne n'est pas
étrangère à la France, c'est l'affaire des
citoyens français. Nous sommes face au reste du monde. Le
premier projet est l'Europe des marchés, celle du libéralisme.
Elle doit porter des exigences, des valeurs et des projets au sein de
l'Union Européenne. « Si nous avions eu une vision
de l'exigence et des intérêts de l'Union Européenne,
nous ne serions pas en pleine crise. Si nous avions eu l'idée
que pour l'Europe ce n'est pas le profit qui passe en premier mais la
confrontation des valeurs et la défense de nos valeurs, nous
ne serions pas en pleine crise. » Puis, il a revendiqué
un « devoir d’opposition » en prenant
appui sur l’éducation nationale, la justice, la
médecine, tous ces pans entiers qui sont entrés en
situation de désespérance en France. En réponse
à ses détracteurs, M. Bayrou a affirmé que « les
premiers destinataires » du programme européen du
MoDem, « le plus élaboré et le plus
pertinent de tous » parmi les formations politiques,
seraient Xavier Bertrand, Mme Aubry et M. Cohn-Bendit. Il les a
invités à le diffuser aux adhérents de leurs
partis. « Nous nous engageons à faire la même
chose en retour (...) pour que nos adhérents voient la
différence entre le vide et le plein », a-t-il
lancé. En réponse à Daniel Cohn-Bendit, qui l'a
accusé de mêler les thèmes nationaux à la
campagne européenne, M. Bayrou a affirmé que
« l'Europe, ça n'est pas Bruxelles, c'est nous, les
citoyens français ».
Vous pouvez télécharger le programme du Mouvement Démocrate en cliquant sur ce lien : http://www.mouvementdemocrate.fr/newsletters/telechargement/Programme-democrates-pour-l-europe.pdf
Mathilde
Quilleré
Déléguée nationale des Jeunes Démocrates




