Convention Démocrate européenne à Montpellier - Jean-Pierre RiouxJean-Pierre Rioux, grand spécialiste de l’histoire contemporaine française a abordé la thématique en expliquant qu'il a fallu beaucoup d'audace dans la construction du modèle européen car l'Europe au départ n'est pas seulement une histoire de charbon et d'acier mais touche déjà l'Homme avec un grand H. Il a en effet axé son propos sur les droits de l’Homme et du citoyen en rappelant que le 4 Novembre 1950 a eu lieu la signature de la convention européenne des Droits de l'Homme à Rome. La construction du modèle européen est donc inébranlablement attachée à des valeurs morales communes : la liberté des individus, la liberté politique, la prééminence du droit qui sont garantes de la démocratie. Rappelant qu’une telle politique des droits de l’Homme n’avait jamais été menée nulle part au monde, il a expliqué que l’identité européenne s’est constituée en allant chercher ailleurs qu'en elle-même ce qui l’a définie. L'Europe est ainsi une très vieille aventure historique qui a eu pour but de renforcer en nous l’humanité. L'Europe a toujours été une démarche plus qu'un modèle qui entrerait en confrontation avec un autre. L’identité européenne se construit ainsi dans le rapport à l’autre et la question que devrait se poser les politiques est de se demander comment l’Europe peut-elle être simultanément une et plurielle. Ainsi pour lui, l’Europe contribue à garantir la liberté, l'équité et la solidarité. Cette citation de Geremek « toutes les expériences européennes se rencontrent autour d’une valeur fondamentale : la reconnaissance de la dignité de la personne » confirme le propos de Jean-Pierre Rioux qui voit dans l’être humain bien plus qu’un individu désemparé. Dans l’entreprise européenne, il s’agit avant tout de faire progresser la reconnaissance de l’homme en tant que tel. Pour finir dans ses dires, il a expliqué en reprenant Schuman que l’Europe ne se ferait pas d’un coup ni dans une construction d’ensemble mais par des réalisations concrètes en créant d’abord des solidarités de fait. Il ne faudra donc jamais remettre en cause les Etats Nations dans la construction européenne, sauf si ces derniers attentent à la personne humaine et à l’humanité toute entière. 

Convention Démocrate européenne à Montpellier - Jean PeyrelevadeJean Peyrelevade, économiste et vice président du MoDem a poursuivi par une comparaison entre la crise de 1929 et la crise actuelle. Les deux crises sont le résultat direct du modèle anglo-saxon et partent toutes deux d'un dérapage du système bancaire aux Etats-Unis. Alors qu'en 1929, la crise partait d'un déficit lié à la spéculation principalement boursière, en 2008 elle part d'un financement excessif de crédits lié à la spéculation immobilière. Dans les deux cas à l'origine de la propagation de la crise à l’échelle mondiale, il y a un défaut de régulation. En 2008, la propagation a été immédiate et réelle, cela en raison d'un marché mondial intégré, d'un modèle anglo-saxon qui a fabriqué des mécanismes aboutissant à des désastres collectifs, une rémunération excessive des traders, des grands patrons et l'indexation des salaires sur les taux financiers – donc la bourse – par le biais des stock-options. Or, a-t-il avancé, quand vous avez une rentabilité excessive sur les biens du capital, si les actifs boursiers rapportent 15 % alors que l'économie réelle rapporte beaucoup moins, nous allons droit dans le mur car la sphère financière est déconnectée de la sphère réelle. Un phénomène de bulles est aussi apparu sur les actifs immobiliers ce qui fait effondrer les prix, lorsque la bulle éclate. Il explique qu’en1929 deux erreurs macro-économiques ont été commises : ainsi, au lieu de fabriquer de la relance, les gouvernements ont pris des mesures déflationnistes et ont menés une surenchère protectionniste au lieu de recourir au libre-échange. En 2008, des efforts de relance ont été menés, mais la fatalité a été admise lorsque l’on a découvert la souffrance des exclus du marché du travail. Il a dès-lors affirmé que le modèle européen doit mettre fin à ces terribles secousses. Il a souligné le fait que les Etats-Unis sont 4% de la population mondiale et  détiennent 50% de la fortune mondiale. L'Europe doit donc servir de régulateur avec, voire contre les Etats-Unis. Elle doit devenir un régulateur unique. D'autre part il a exprimé l’urgence de bloquer les propagations, en instaurant des cloisons étanches, en ayant de la transparence et de la régulation. Pour lui, ces mesures ne suffisent pas et il faut aussi protéger le système bancaire car la banque doit assurer son rôle de service public, et c'est en cela qu'il faut interdire aux banques toute prise de risque inutile. Il faut mettre fin au système d'agrégation de cupidités individuelles. Il s'agit d'un modèle qui n'est pas seulement national. Pour lui, le système des stock-options est absurde car il mélange les modes et les niveaux de rémunération alors que c’est le rôle du parlement européen de réguler ces modes et ces niveaux de rémunération. Il a insisté sur le fait qu'il ne faut pas accepter les dérèglements globaux comme des souffrances. L'Union Européenne manque d'instruments économiques : elle n'a pas de budget pour des actions conjoncturelles, elle n'a pas de budget d'investissement, elle n'a pas la capacité d'emprunt, et, dans ces conditions, nous pouvons nous demander que veux dire le terme de solidarité en Europe. S'agit-il d'une conception et d'un modèle séparé ? Comment faire sans instruments voulus ? 

Convention Démocrate européenne à Montpellier - Francesco RutelliPuis c’est au tour de Francesco Rutelli, coprésident du Parti Démocrate Européen et ancien maire de Rome à s’exprimer. Pour lui, la démocratie est toujours mise à l’épreuve, surtout quand les pouvoirs sont trop concentrés. Il a continué en expliquant ce qui différencie l’Union Européenne des Etats-Unis. L'Union Européenne est un modèle reposant sur l'économie sociale de marché alors que les Etats-Unis sont une société reposant sur l'individu et ce sont les démarches qui forment un modèle. Il poursuit en expliquant que maintenant les Etats-Unis grâce à Obama semblent redécouvrir leurs responsabilités, en favorisant le multilatéralisme, en comprenant la nécessité de poser des limites à la finance irresponsable, en se préoccupant  de la question du climat et de la protection de l’environnement tandis que l'Union Européenne semble perdre son esprit d’économie social de marché, ce qui la situerait pour reprendre l’expression de Rutelli « au milieu du guet ». Il voit donc un changement radical dans la manière de concevoir la société de la part des Etats-Unis, là où l’Europe n’arrive pas à se souvenir qu’elle a une originalité absolue : elle est unité tout en étant diversité, elle est identité tout en étant pluralisme. C’est ce qu’il appelle le « miracle européen », et il espère qu’à l’avenir les gouvernements donneront une capacité politique à tout cela pour que le rêve européen, qui n’existe plus aujourd’hui, soit à nouveau à l’ordre du jour. Il a expliqué les raisons de sa présence aux côtés de François Bayrou, mettant en avant son courage, sa vision et son intégrité puis a donné comme exemple d'aboutissement du courage dans la démocratie le fait que le président du Parti Démocrate Indien, Raoul Gandhi, ait gagné les élections au congrès.  Il conclut alors sur une citation de ce dernier, pour expliquer ce qu’est la démocratie pour nous tous. « L'Homme s'est détruit avec la politique sans principes, la richesse sans travail, l'intelligence sans caractère, les affaires sans morale, la science sans humanité, la religion sans foi, la charité sans sacrifice de soi-même. » 

Convention Démocrate européenne à Montpellier - Guy VerhofstadtL’ancien premier ministre belge Guy Verhofstadt a ensuite pris la parole. D’un ton accusateur, il a affirmé que nous devons faire un choix : continuer l'approche actuelle ou adopter une approche commune pro-européenne. Pour lui, avoir 27 politiques différentes face à la crise n’est pas la solution qui nous permettra d’en sortir. La solution n'est autre que l'Europe elle-même. Ceci est important à l'heure où les meilleures entreprises font faillite. Nous avons 700 milliards de produits toxiques dans les banques de l'Union Européenne mais le problème bancaire n'a jamais été résolu. Ceux qui critiquent les plans de relance sont des sceptiques. Il faut donc continuer à être force de proposition, à croire que toutes les suggestions seront adoptées car sans cette attitude, il n’y aurait jamais eu de marché intérieur ni de monnaie unique. Les gens veulent une Europe forte et active qui démontre que nous ne sommes pas un musée économique. Il a pris pour exemple la situation de la France et de l’Allemagne. A la sortie de la guerre, personne ne pensait plausible l’idée d’une coopération économique et politique entre ces deux pays, ce qui a pourtant fini par être réalisé, des années après. Il a donc expliqué que ce qui est irréaliste c'est de croire que l'on va sortir de cette crise sans prendre des mesures européennes, plus particulièrement contre les paradis fiscaux. L'Europe doit s'éveiller. Les mesures qu’il préconise ainsi que le MoDem pour contrecarrer la crise sont de sortir les produits toxiques des banques et porter les investissements dans les secteurs les plus orientés, et ce en passant par un plan de relance complet contre la crise.

Convention Démocrate européenne à Montpellier - François BayrouEt enfin François Bayrou a clôturé la convention en dénonçant José Manuel Barroso, le présentant comme un non-président de la Commission Européenne et rappelant par la même occasion que le MoDem ne l’avait pas soutenu, préférant à ce poste, Guy Verhofstadt. Barroso a en effet manqué au devoir d’initiative de la Commission Européenne à cause de son absence, et sa vision a toujours été trop alignée sur la vision ultralibérale, conduisant l’Europe dans une impasse. Il a ajouté que les candidats du Mouvement Démocrate sont des candidats engagés à 100% dans l'idée européenne et qu'ils ne vont pas à Strasbourg par défaut. Ils sont heureux d'y aller et d'y être porte-parole, ils prennent ce rôle à cœur car ils croient en l’avenir de l’Union Européenne. Il a ensuite voulu parler du slogan de campagne « Nous l'Europe », un slogan simple mais fort de significations. La première chose qu'il a soulignée est qu'il s'agit d'une révolte contre les habitudes qu'un certain nombre de politiciens ont prises de présenter l'Europe comme extérieur à la France. Mais la maison européenne n'est pas étrangère à la France, c'est l'affaire des citoyens français. Nous sommes face au reste du monde. Le premier projet est l'Europe des marchés, celle du libéralisme. Elle doit porter des exigences, des valeurs et des projets au sein de l'Union Européenne. « Si nous avions eu une vision de l'exigence et des intérêts de l'Union Européenne, nous ne serions pas en pleine crise. Si nous avions eu l'idée que pour l'Europe ce n'est pas le profit qui passe en premier mais la confrontation des valeurs et la défense de nos valeurs, nous ne serions pas en pleine crise. » Puis, il a revendiqué un « devoir d’opposition » en prenant appui sur l’éducation nationale, la justice, la médecine, tous ces pans entiers qui sont entrés en situation de désespérance en France. En réponse à ses détracteurs, M. Bayrou a affirmé que « les premiers destinataires » du programme européen du MoDem, « le plus élaboré et le plus pertinent de tous » parmi les formations politiques, seraient Xavier Bertrand, Mme Aubry et M. Cohn-Bendit. Il les a invités à le diffuser aux adhérents de leurs partis. « Nous nous engageons à faire la même chose en retour (...) pour que nos adhérents voient la différence entre le vide et le plein », a-t-il lancé. En réponse à Daniel Cohn-Bendit, qui l'a accusé de mêler les thèmes nationaux à la campagne européenne, M. Bayrou a affirmé que « l'Europe, ça n'est pas Bruxelles, c'est nous, les citoyens français ».

Vous pouvez télécharger le programme du Mouvement Démocrate en cliquant sur ce lien :  http://www.mouvementdemocrate.fr/newsletters/telechargement/Programme-democrates-pour-l-europe.pdf

Mathilde Quilleré
Déléguée nationale des Jeunes Démocrates